(Géographie ancienne) il faut distinguer les Veneti de la Gaule, des Veneti d'Italie.

1°. Les Venetes de la Gaule celtique ou lyonnaise, dans l'Armorique, habitaient la péninsule au-dessus des Namuetes. César, l. III. Bell. Gall. c. IXe appelle leur pays Venetia ; je dis leur pays, car il ne leur donne aucune ville ; mais il dit que ces peuples avaient un grand avantage sur toutes les côtes des cités armoriques, à cause de leur habileté dans la marine, et de leurs vaisseaux qui allaient naviger dans la Grande-Bretagne. Il ajoute que comme la situation de la plupart de leurs bourgades était sur les extrémités des petites langues de terre avancées dans la mer, on n'en pouvait approcher ni par terre, quand le flux de la haute mer venait à s'enfler sur la côte, ce qui arrive tous les jours deux fois en douze heures ; ni par mer, parce que la marée se retirant, laissait les vaisseaux embarrassés sur la vase et sur le sable ; de sorte que ces deux obstacles empêchaient d'assieger ces bourgades. On sait qu'encore aujourd'hui il y a plusieurs villes en Bretagne dans cette situation ; telles sont Vannes, Hennebon, Blavet, Quimperlay, Concarneau, Brest et autres, que le flux de la mer baigne en partie lorsqu'elle est haute, et laisse à sec quand elle est basse.



Les Venetes d'Italie habitaient à l'orient des Euganéens, et s'étendaient jusqu'à la mer, depuis la dernière embouchure du Pô près de Ravenne, jusqu'aux confins des Carni, aujourd'hui la Carniole, dans le Frioul.

Les Venetes ou Hénetes d'Italie, paraissent tirer leur origine de peuplades illyriennes qui entrèrent en Italie dans le cours du seizième siècle avant Jesus-Christ.

Ces Venetes ou Hénetes se conservèrent longtemps sans aucun mélange avec d'autres nations, et nous devons les distinguer des Liburnes, quoique Virgile, qui s'exprimait en poète, les confonde ensemble.

Hérodote, l. V. nous atteste l'origine illyrienne de ces Venetes, voisins d'Adria, dont Patavium ou Padoue était la capitale.

Strabon dit, que selon quelques auteurs, les Hénetes d'Italie étaient une colonie de venetes de la gaule : mais cette opinion avait été d'avance réfutée par Polybe, qui nous les donne pour une nation beaucoup plus ancienne dans le pays que les Gaulois, et parlant une langue toute différente, quoiqu'ayant avec eux quelques traits de conformité, surtout par rapport à l'habillement. Tite-Live en parle sur le même ton. Ces Venetes étaient toujours en guerre avec les Gaulois, et par cette raison, ils firent de très-bonne heure alliance avec les Romains : ils contribuèrent même à sauver Rome, par une diversion qui força les Gaulois à en lever le siege, pour aller défendre leur propre pays.

Les Grecs ont fort connu les Venetes, ils avaient quelques colonies sur leurs côtes, où ils portèrent, entr'autre culte, ceux de la Diane de Calydon, et de la Junon d'Argos.

La tradition de la colonie troienne d'Antenor, était vraisemblablement fondée sur la ressemblance du nom des Venetes avec celui des Hénetes de l'Asie mineure, dont parle Homère, mais aucun monument n'a pu servir à l'appuyer. Le nom de Patavium, qu'on suppose bâtie par Anténor, tient beaucoup de celui de Patavio, ville de la Pannonie, sur la Drave : Cluvier, qui veut, à cause de la ressemblance du son, que le nom de Patavium soit le même que celui des Bataves, situés à l'embouchure du Rhin, ne songe pas que suivant l'observation de Polybe, les Vénetes parlaient un autre langage que les Celtes, et que Patavium subsistait longtemps avant l'invasion des gaulois.

Au reste, l'ancienne Venetia est aujourd'hui le Frioul, le Vicentin, et toute la partie maritime de l'état de Venise, qui borde le fond du golfe adriatique. (D.J.)