(Géographie ancienne) Telmessus, par Pline, l. V. c. xxvij. par Pomponius Méla, et par Ptolémée. Mais Strabon, le Périple de Scylax, Tite-Live, Arrien, et Etienne le géographe écrivent Telmissus.

Telmesse était une ville maritime, aux extremités de la Lycie, aux pieds d'une montagne de même nom, laquelle est une partie du mont Cragus. Cette ville donnait aussi son nom au golfe sur lequel elle était bâtie, et qu'on appelait sinus Telmissicus, d'un côté il touchait la Lycie, et de l'autre la Carie, selon la description de Tite-Live, l. XXXVII. c. XVIe



Comme donc Telmesse était la première ville que l'on trouvait en entrant de la Carie dans la Lycie, Etienne le géographe la met dans la Carie, ainsi que Ciceron qui dit : Telmessus in Cariâ est, quâ in urbe excellit Haruspicum disciplina.

Cette ville fut donnée à Eumenes par les Romains, lorsqu'ils eurent défait Antiochus ; cependant les Lyciens la recouvrèrent après que le royaume d'Eumenes eut été ruiné.

Mais ce qui a le plus fait parler de Telmesse, est moins ses vicissitudes que le naturel prophétique de ses habitants, dont Pline, l. XXX. c. j. Justin, l. XI. c. VIIe Arrien, l. II. Ciceron, l. I. de divinat. c. xlj. et xlij. ont parlé : tout le monde y naissait devin ; les femmes et les enfants y recevaient cette faveur de la nature.

Ce fut là que Gordius alla se faire interprêter un prodige qui l'embarrassait : il en apprit l'explication sans être obligé de passer la porte ; car ayant rencontré une belle fille à l'entrée de Telmesse, il lui demanda quel était le meilleur devin auquel il put s'adresser. Cette fille s'enquit tout-aussi-tôt de ce qu'il avait à proposer au devin ; il le lui dit, elle lui en donna le sens, et ce fut une très-agréable nouvelle, puisqu'elle l'assura que le prodige promettait une couronne à Gordius. En même temps la prophetesse s'offrit à lui en mariage, et la condition fut acceptée comme un commencement du bonheur qu'on lui annonçait.

Ciceron croyait que les Telmessiens devinrent de grands observateurs de prodiges, à cause qu'ils habitaient un terroir fertile, qui produisait plusieurs singularités. D'autres anciens remontent plus haut, et nous parlent d'un Telmessus, grand devin, qui fut fondateur de cette ville, et dont les reliques étaient vénérées par les habitants. Elles reposaient sur leur autel d'Apollon, qui était le père de Telmessus. Voilà, selon les préjugés du paganisme, l'origine de l'esprit de divination, qui se faisait tant remarquer dans cette ville. Telmessus, pendant sa vie, avait enseigné l'art de deviner, et après sa mort il ne pouvait manquer de l'inspirer à ses dévots. Ajoutons que sa mère, fille d'Antenor, avait été possédée de ce même esprit, Apollon l'en gratifia après avoir obtenu ses faveurs.

Si l'ouvrage d'Etienne de Byzance n'était pas prodigieusement mutilé, nous y apprendrions quelque chose de particulier touchant Telmessus : on y entrevait qu'il fonda la ville dont il s'agit ici, et qu'il était venu des climats hyperboréens à l'oracle de Dodone. L'oracle lui promit l'esprit de divination, tant pour lui que pour ceux qui bâtiraient autour de l'autel qu'il ferait construire. Il faut croire que cet autel était dans le temple d'Apollon Telmessien, et par conséquent les habitants de cette ville devaient naître devins par un privilège particulier.

Ils avaient beaucoup de foi aux songes, à ce qu'assure Tertullien. Telmessenses, dit-il, nulla somnia evacuant. Il semble que ces paroles indiquent que ceux de Telmesse croyaient que tous les songes signifiaient quelque chose, et qu'il n'y en avait point qui fût vide de réalité.

Aristandre, qui était de Telmesse, et qui fut un des plus habiles devins de son temps, avait composé un ouvrage sur cette matière : c'est apparemment lui qui moyenna le traité que sa patrie fit avec Alexandre, et dont Arrien a parlé dans son premier livre. Ce qu'il y a de sur, c'est qu'il suivit Alexandre à la conquête de la Perse, et s'acquit un grand ascendant sur l'esprit de ce monarque.

Il avait déjà montré son génie, dans la divination, à la cour du roi Philippe, car ce fut lui qui expliqua le mieux le songe que fit ce prince, après avoir épousé Olympias. Il songea qu'il appliquait sur le ventre de la reine un cachet, où la figure d'un lion était gravée. Les autres devins qu'on consulta, conseillèrent à Philippe de faire observer plus soigneusement la conduite de sa femme ; mais Aristandre plus habîle dans le manège de la cour, soutint que ce songe signifiait que la reine était enceinte d'un fils qui aurait le courage d'un lion. Voyez l'article Aristandre dans Bayle.

Je crois qu'il ne faut pas confondre Telmesse avec Termesse ; ainsi voyez TERMESSE. (D.J.)