(Géographie ancienne) Taprobana ou Taprobane, île célèbre que Ptolémée, liv. VII. ch. iv. marque à l'opposite du promontoire de l'Inde appelé Cory, entre les golfes Colchique et Argarique.

Les anciens ; savoir, Pomponius-Mela, Strabon, Pline et Ptolémée, ont donné des descriptions si peu ressemblantes de Taprobane, que plusieurs habiles gens ont douté, si l'île de Taprobane de Pline était la même que celle de Ptolémée : et comme la plupart se sont accordés à dire, que l'ancienne Taprobane, était l'île de Ceylan d'aujourd'hui, il s'est trouvé des auteurs de nom, qui, voyant que tout ce qu'on disait de cette ancienne île ne convenait pas à l'île de Ceylan, ont été la chercher dans l'île de Sumatra. De ce nombre sont Orose, Mercator, Jule Scaliger, Rhamusio et Stukius ; mais il n'est guère probable que les Romains ni les habitants d'Alexandrie, aient navigé jusqu'à Sumatra ; c'est en partie ce qui a obligé Saumaise, Samuel Bochart, Cluvier et Isaac Vossius, à prendre l'île de Ceylan pour l'île de Taprobane. En effet, tout ce que dit Ptolémée de l'Ile de Taprobane, convient assez à l'île de Ceylan, pourvu que l'on convienne que la description qu'il donne doit l'emporter sur celle de Pline, et qu'il s'est trompé en la faisant trop grande, en la plaçant trop au midi, et en l'avançant jusqu'au-delà de l'équateur. Cependant les difficultés qui se trouvent à concilier toutes ces différentes opinions, ont porté M. Cassini à placer l'île de Taprobane dans un autre endroit ; et voici le système qu'il a imaginé.



La situation de l'île de Taprobane, suivant Ptolémée au septième livre de sa géographie, était vis-à-vis du promontoire Cory. Ce promontoire est placée par Ptolémée, entre l'Inde et le Gange, plus près de l'Inde que du Gange. Cette île Taprobane était divisée par la ligne équinoxiale en deux parties inégales, dont la plus grande était dans l'hémisphère boréal, s'étendant jusqu'à 12 ou 13 degrés de latitude boréale. La plus petite partie était dans l'hémisphère austral, s'étendant jusqu'à deux degrés et demi de latitude australe. Autour de cette ile, il y avait 1378 petites iles, parmi lesquelles il s'en trouvait dix-neuf plus considérables, dont le nom était connu en occident.

Le promontoire Cory ne saurait être autre que celui qui est appelé présentement Comori ou Comorin, qui est aussi entre l'Inde et le Gange, et plus près de l'Inde que du Gange. Vis-à-vis ce cap, il n'y a pas présentement une aussi grande île que la Taprobane qui soit divisée par l'équinoxial, et environnée de 1378 îles : mais il y a une multitude de petites îles appelées Maldives, que les habitants disent être au nombre de 12000, suivant la relation de Pirard qui y a demeuré cinq années ; ces îles ont un roi, qui se donne le titre de roi de treize provinces, et de douze mille iles.

Chacune de ces treize provinces est un amas de petites iles, dont chacune est environnée d'un grand banc de pierre, qui la ferme tout-au-tour comme une grande muraille : on les appelle attolons. Elles ont chacune trente lieues de tour, un peu plus ou un peu moins, et sont de figure à-peu-près ovale. Elles sont bout à bout l'une de l'autre, depuis le nord jusqu'au sud ; et elles sont séparées par des canaux de mer, les unes larges, les autres fort étroites. Ces bancs de pierre qui environnent chaque attolon, sont si élevés, et la mer s'y rompt avec une telle impétuosité, que ceux qui sont au milieu d'un attolon, voient ces bancs tout-au-tour avec les vagues de la mer qui semblent hautes comme des maisons. L'enclos d'un attolon n'a que quatre ouvertures, deux du côté du nord, et deux du côté du sud, dont une est à l'est, l'autre à l'ouest, et dont la plus large est de deux cent pas, et la plus étroite un peu moins de trente. Aux deux côtés de chacune de ces entrées, il y a des iles, mais les courants et les plus grandes marées en diminuent tous les jours le nombre.

Pirard ajoute, qu'à voir le dedans d'un de ces attolons, on dirait que toutes ces petites iles, et les canaux de mer qu'il enferme, ne sont qu'une plaine continue, et que ce n'était anciennement qu'une seule île coupée depuis en plusieurs. On voit presque par-tout le fond des canaux qui les divisent, tant ils sont peu profonds, à la réserve de quelques endroits ; et quand la mer est basse, l'eau n'y monte pas à la ceinture, mais seulement à mi-jambe presque par-tout. Il y a un courant violent et perpétuel, qui, depuis le mois d'Avril jusqu'au mois d'Octobre, vient impétueusement du côté de l'ouest, et cause des pluies continuelles qui y font l'hiver ; pendant les autres six mois, les vents sont fixes du côté de l'est, et portent une grande chaleur, sans qu'il y pleuve jamais, ce qui cause leur été. Au fond de ces canaux, il y a de grosses pierres, dont les habitants se servent à bâtir, et il y a quantité de broussailles, qui ressemblent au corail : ce qui rend extrêmement difficîle le passage des bateaux par ces canaux.

Lindschot témoigne que, suivant les Malabares, ces petites îles ont été autrefois jointes à la terre ferme, et que par la succession des temps, elles en ont été détachées par la violence de la mer, à cause de la bassesse du terrain. Il y a donc apparence que les Maldives sont un reste de la grande île Taprobane, et des 1378 îles qui l'environnaient, qui ont été emportées par les courants, sans qu'il en soit resté autre chose que ces rochers, qui devaient être autrefois les bases des montagnes ; de sorte qu'elle n'est plus capable que de diviser les terres qui sont enfermées en-dedans de leur circuit. Il est du-moins certain que ces îles ont la même situation à l'égard de l'équinoxial, et à l'égard du promontoire, et de l'Inde et du Gange, que Ptolémée assigne à divers endroits de l'île Taprobane.

Les anciens ont donné plus d'un nom à cette ile, mais celui de Taprobane est le plus célèbre. On l'a appelée l'île de Palaesimundi ; et on l'a quelquefois nommée Salice. (D.J.)