Phalerum, (Géographie ancienne) ancien port et ville de l'Attique, nommé auparavant Phanos, selon Suidas. C'était le port de la ville d'Athènes ; il était extrêmement habité avant que Thémistocle eut entrepris de fortifier le Pyrée, et d'y transporter la marine.
C'est au Phalere qu'on avait mis les autels des dieux inconnus, dont a parlé S. Paul. " En passant, dit cet apôtre, et en contemplant vos dévotions, j'ai trouvé même un autel, où il y avait cette inscription, au dieu inconnu : Je vous annonce donc celui que vous honorez sans le connaître ".
L'inscription n'était pas telle que S. Paul la rapportait, au dieu inconnu ; car il y avait, aux dieux de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique, dieux inconnus et étrangers ; mais comme l'apôtre n'avait pas besoin de plusieurs divinités inconnues, et qu'il ne lui fallait qu'un dieu inconnu, il s'est servi du singulier au lieu du plurier.
Pausanias, Philostrate et Suidas se servent du nombre plurier, quand ils parlent de l'inscription de cet autel, et Diogéne Laèrce attribue à Epiménide d'avoir fait bâtir des autels sans nom ; or c'est à Epiménide qu'on attribue ordinairement l'autel des dieux inconnus ; mais il ne laisse pas d'être vrai que Théophilacte, Isidore de Péluse, Aecumenius et Chrysostome, se sont servis du singulier en parlant de cet autel. Meursius assure que les habitants d'Athènes s'étant convertis à l'Evangile, consacrèrent au dieu inconnu, le temple où l'autel d'Epiménide avait été élevé.
On voit encore à la distance d'un mille de Phalere sur le rivage, le lieu où était jadis la forteresse de Munichia, dont il est si souvent parlé dans l'histoire ancienne, tant par la beauté de son temple de Diane, qu'à cause que les gens qu'on maltraitait au Pyrée et à Phalere, y trouvaient un sur asile.
Le Phalere se nomme aujourd'hui Porto, et est à cinq quarts de lieues d'Athènes, mais sans avoir un seul habitant. Wheler dit qu'il y reste seulement quelques vestiges des murailles qui fermaient autrefois ce port. Il est aujourd'hui plein de sable, tout à découvert tant au vent du sud en été, qu'au vent d'aval en hiver ; et les vaisseaux qui y mouillent sont forcés de se tenir au large, parce qu'il n'y a pas de fond ; en sorte que les Athéniens eurent raison d'abandonner ce port, pour retirer leurs vaisseaux dans le Pyrée.
Cependant on est toujours tenté d'y débarquer, quand on se rappelle que le poète Musée, qui inventa la sphère, y a sa sépulture depuis trois mille ans ; et plus encore, quand on songe que c'est dans ce lieu que vit le jour un des plus grands hommes qu'Athènes ait jamais produit ; je parle de Démétrius de Phalere, philosophe péripatéticien, homme d'état, savant et plein de modération. Il s'éleva par son mérite, devint archonte d'Athènes, et gouverna cette république pendant dix ans avec un pouvoir absolu, dont il n'abusa jamais.
On ne sait pas précisément l'année qu'il naquit, mais il parait par Cicéron, qu'il ne devait pas être âgé lorsqu'il parvint au gouvernement de la république sous Cassander, roi de Macédoine, la troisième année de la 115e. olympiade.
Il fut non-seulement le disciple, mais encore l'ami intime de Théophraste ; sous un aussi savant maître, il perfectionna les talents naturels qu'il avait pour l'éloquence, et se rendit encore habîle dans la philosophie, la politique et l'histoire. On peut voir dans Diogène Laèrce, le catalogue des ouvrages qu'il avait composés sur différents genres de sciences. Il est le seul des Grecs, dit Cicéron, qui ait pris soin de cultiver en même temps la philosophie et l'éloquence ; et pour s'être attaché à traiter des matières philosophiques, et l'avoir fait avec toute l'exactitude et la subtilité que demande ce genre d'écrire, il n'a pas laissé d'être orateur. Il est vrai, ajoute-t-il, qu'il n'est pas des plus véhéments ; cependant il a ses grâces, et on reconnait aisément en lui le génie de son maître Théophraste. Cette douceur, qui faisait le caractère de ses ouvrages était aussi celui de son esprit ; il était d'ailleurs très-bien fait de sa personne, et la beauté de ses sourcils, lui valut le nom de .
Pendant les dix années qu'il gouverna sa patrie, il s'acquit tant de gloire, qu'il n'est pas facile, ajoute Cicéron, de trouver quelqu'un qui ait excellé comme lui tout ensemble dans l'art du gouvernement et dans les sciences. Il augmenta les revenus de l'état, et il embellit la ville d'Athènes d'édifices. Il diminua le luxe qui n'était que pour le faste, et laissa au peuple la liberté d'user de ses richesses pour les cérémonies religieuses, et les fêtes publiques que l'antiquité avait consacrées. Il régla les mœurs, et les pauvres citoyens vertueux furent l'objet de ses attentions. C'est ainsi, dit Elien, que se passa glorieusement l'administration de ce grand homme, jusqu'à ce que l'envie si naturelle à ses compatriotes, l'obligea de sortir d'Athènes.
Au commencement de la seconde année de la cent dix-huitième olympiade, Démétrius Poliorcetes vint aborder au port de Pyrée, avec une flotte de deux cent cinquante vaisseaux, annonçant aux Athéniens qu'il venait pour rétablir chez eux les lois de la liberté, et chasser de leurs villes les garnisons de Cassander. En vain Démétrius de Phalere représenta au peuple d'Athènes, que le fils d'Antigonus ne ferait rien de ce qu'il promettait, ils n'écoutèrent point leur archonte, qui prit le parti de se retirer de la ville, et de demander à ce prince une escorte pour le conduire à Thèbes. Démétrius Poliorcetes lui accorda sa demande, respectant, dit Plutarque, sa réputation et sa vertu.
Bientôt les Athèniens renversèrent les 360 statues qu'ils avaient élevées à sa gloire, et l'accusant d'avoir fait beaucoup de choses contre les lois pendant son gouvernement, il fut condamné à mort ; ceux qui avaient eu une étroite liaison avec lui, furent inquiétés ; et peu s'en fallut que le poète Ménandre ne fût appelé en jugement, pour la seule raison qu'il avait été de ses amis.
Démétrius de Phalere après avoir resté quelque-temps à Thèbes, se retira vers Ptolomée Soter, la première année de la cent vingtième olympiade. Ce prince, recommandable par sa libéralité, la noblesse de ses sentiments, et sa débonnaireté à l'égard de ses amis, était le réfuge de tous les malheureux. Démétrius en fut bien reçu ; &, selon Elien, Ptolomée lui donna la fonction de veiller à l'observation des lois de l'état. Il tint le premier rang parmi les amis de ce roi ; il vécut dans l'abondance de toutes choses, et se trouva en état d'envoyer des présents à ses amis d'Athènes : c'était de ces véritables amis, dont Démétrius disait, " qu'ils ne venaient dans la prospérité, qu'après qu'on les avait mandés ; mais que dans l'adversité ils se présentaient toujours sans qu'on les eut priés ".
Il s'occupa pendant son exil à composer plusieurs ouvrages sur le gouvernement, sur les devoirs de la vie civîle ; et cette occupation était pour son esprit une espèce de nourriture, qui entretenait en lui le goût de l'urbanité attique. Mais un ouvrage dont plusieurs auteurs lui font honneur, c'est l'établissement de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie.
Aristée, Aristobule, philosophe péripatéticien, juif, Josephe, Tertullien, Clément d'Alexandrie, S. Cyrille de Jérusalem, S. Epiphane, S. Jérôme, S. Augustin, et plusieurs autres écrivains chrétiens, qui ont parlé de cette bibliothèque, et de la traduction des septante, disent tous que cet établissement fut commis aux soins de Démétrius de Phalere. Les auteurs payens ont à la vérité parlé de la bibliothèque d'Alexandrie, mais ils ne font point mention de Démétrius. Joseph Scaliger s'est déclaré ouvertement contre le sentiment des auteurs chrétiens, fondé sur ce que Démétrius ayant été l'objet de la haine de Ptolémée Philadelphe, il n'avait pu être l'instrument dont ce prince s'était servi pour cet établissement.
Quoi qu'il en sait, Démétrius de Phalere vécut paisiblement en Egypte pendant dix-neuf ou vingt ans, sous le gouvernement tranquille de Ptolémée Soter. Ce prince, deux ans avant sa mort, prit la résolution d'abdiquer la royauté, et de la céder à Ptolomée Philadelphe, malgré les raisons qu'employa Démétrius pour l'en dissuader ; bien-tôt après, il eut tout lieu de se repentir de ses avis ; car Soter étant mort l'année suivante, Ptolémée Philadelphe, instruit du conseil que Démétrius avait donné à son père, le rélegua dans une province, où il mena une vie fort triste, et mourut enfin de la piqûre d'un aspic, âgé d'environ 67 ans, dans la troisième ou quatrième année de la cent vingt-quatrième olympiade. Ciceron nous apprend qu'il mourut volontairement, et de la même manière que Cléopatre se fit mourir depuis. Video, dit-il, (Orat. pro Rabirio) Demetrium, et ex republicâ Atheniensium, quam optimè digesserat, et ex doctrina nobilem et clarum, qui Phalereus vocitatus est, in eodem isto Aegyptii regno, aspide ad corpus admotâ, vitâ esse privatum. Il fut enterré près de Diospolis dans le canton de Busiris. Extrait des mém. de littérat. t. VIII. in-4°.
2°. Phalerum est encore le nom d'une ville de Thessalie, selon Suidas et Etienne le géographe. Les habitants de cette ville sont appelés Phalerenses par Strabon. (D.J.)
