LE, (Géographie ancienne) forum Appii, c'était une bourgade du Latium, au pays des Volsques, à 45 milles de Rome, dans le marais Pontino, palus pemptina, entre Setia au nord, et claustra romana au sud. Appius, pendant son consulat, fit jeter une digue au-travers de ce marais, et Auguste fit ensuite creuser un canal depuis le bourg jusqu'au temple de Féronie ; ce canal était navigable et très-fréquenté. (D.J.)
MARCHES, LES, (Art militaire) dans les armées, sont une des parties les plus importantes du général ; elles font la principale science du maréchal général des logis de l'armée.
Les marches des armées doivent se régler sur le pays dans lequel on veut marcher, sur le temps qu'il faut à l'ennemi pour s'approcher, et sur le dessein qu'on a formé. On doit toujours marcher comme on est, ou comme on veut camper, ou comme on veut combattre.
" Il faut avoir une parfaite connaissance du pays, et beaucoup d'expérience pour bien disposer une marche, lorsqu'on veut s'avancer dans le pays ennemi, et s'approcher de lui pour le combattre. Il y a des marches que l'on fait sur quatre, six ou huit colonnes, suivant la facilité du pays ou la force de l'armée ; il y en a d'autres qui se font sans rien changer à la disposition de l'armée, en marchant par la droite ou par la gauche, sur autant de colonnes qu'il y a de lignes.
Ordinairement ces marches se font lorsqu'on est en présence de l'ennemi, et qu'il faut l'empêcher de passer une rivière, ou gagner quelque poste de conséquence. On a des travailleurs à la tête de chaque colonne pour leur ouvrir les passages nécessaires, et les faire toutes entrer en même temps dans le camp qu'elles doivent occuper. Il est très-utîle de prévenir de bonne heure ces marches par des chemins que l'on doit faire à-travers champ, qui facilitent la marche des colonnes et leur arrivée au camp.
Lorsqu'on marche en colonne dans un pays couvert, et que l'ennemi vous surprend et vous renverse, il est important de savoir prendre son parti sur le champ, en disposant promptement en bataille les troupes qui ne sont point encore attaquées, afin de donner le temps aux autres de se rallier. S'il y avait dans cet endroit quelque terrain avantageux, on l'occuperait aussi-tôt pour y combattre. Souvent les troupes qui ne sont pas soutenues à temps, se détruisent plus par la terreur que par le coup de main. On évite de semblables surprises en poussant en-avant des partis et de forts détachements qui tiennent en respect l'ennemi, et donnent avis de ses mouvements. Il faut encore qu'il y ait entre les intervalles des colonnes, de petits détachements de cavalerie avec des officiers entendus pour les faire toutes marcher à même hauteur ; &, si l'ennemi paraissait, les colonnes auraient le temps de se former en bataille et remplir le terrain.
Il serait bon de donner par écrit cet ordre de marche aux commandants de chaque colonne, et leur marquer celles qui marchent sur la droite et sur la gauche, afin qu'ils puissent apprendre les uns des autres l'ordre du général, et se conformer à ce qu'il leur est prescrit.
On marche quelquefois à colonnes renversées, c'est-à-dire, la droite faisant la gauche, ou la gauche faisant la droite ; cette marche se fait suivant la disposition où l'on est, ou le dessein qu'on a de se porter brusquement dans un camp pour faire tête, en y arrivant, aux colonnes de la droite de l'armée ennemie, qui peut en arrivant engager une action. Nos troupes occupent d'abord le poste le plus avantageux, et donnent le temps aux autres colonnes d'arriver et de s'y mettre en bataille.
On peut quitter de jour son camp, quoiqu'à portée de l'ennemi, lorsque l'on connait qu'il est de conséquence de changer le premier de situation : pour faire cette marche, on met toutes les troupes en bataille, aussi-tôt on fait marcher la première ligne par les intervalles de la seconde pour passer diligemment les défilés ou les ponts, elle s'étend pour soutenir la seconde qui passe ensuite par les intervalles de la première, et se met derrière en bataille. Il faut que cette disposition de marche soit bien exécutée, et qu'il y ait au flanc de la droite et de la gauche des troupes pour observer les ennemis : les officiers de chaque régiment doivent être attentifs à contenir leur troupe. Si le terrain était trop désavantageux pour faire une semblable marche pendant le jour, il faudrait décamper à l'entrée de la nuit sur autant de colonnes que le terrain pourrait le permettre ; on laisserait des feux au camp à l'ordinaire avec des détachements de tous côtés, dont les sentinelles ou vedette seraient alertes pour empêcher l'ennemi de s'en approcher, et lui ôter la connaissance de cette marche : il faut la rendre plus facîle par des ouvertures que l'on fait pour chaque colonne, et que des officiers-majors les reconnaissent ; afin de ne point prendre le change, et que les colonnes ne s'embarrassent point.
Quand on veut décamper de jour et dérober ce mouvement aux ennemis, avant que de le faire, on envoie sur leur camp un gros corps de cavalerie avec les étendards, à dessein de les intriguer, et les amuser assez de temps pour donner à l'armée celui de se porter au poste qu'elle veut occuper, avant qu'il se puisse mettre en marche.
Il y a des marches qu'il faut faire à l'entrée de la nuit pour empêcher que l'ennemi n'attaque notre arriere-garde dans ses défilés, et faciliter par ce moyen son arrivée dans un autre camp. Quoique l'on soit proche de l'ennemi, et qu'il n'y ait aucune rivière qui le sépare, un général qui connait l'avantage de sa situation, et qui veut engager une affaire, peut reculer son armée des bords de cette rivière pour lui donner la tentation de la passer ; mais lorsqu'on fait ce mouvement, il ne faut pas lui laisser prendre assez de terrain pour placer deux lignes en bataille : on doit au contraire le resserrer, et profiter du piege qu'on lui a tendu, ne lui laisser passer de troupes qu'autant qu'on en peut combattre avec avantage, sans quoi il faudrait absolument garder les bords de la rivière ". Traité de la guerre par Vaultier.
Une marche de 3 ou 4 lieues est appelée marche ordinaire. Si l'on fait faire 6 ou 7 lieues à une armée, c'est-à-dire à peu près le double d'une marche ordinaire, on donne à cette marche le nom de marche forcée. Ces sortes de marches ne doivent se faire que dans des cas pressants, comme pour surprendre l'ennemi dans une position désavantageuse, ou pour gagner des postes où l'on puisse s'arrêter ou l'incommoder, ou enfin pour s'en éloigner ou pour s'en approcher, lorsqu'il a eu l'art de faire une marche secrète, c'est-à-dire lorsqu'il a su souffler ou dérober une marche.
Les marches forcées ont l'inconvénient de fatiguer beaucoup l'armée, par cette raison on ne doit point en faire sans grande nécessité. Celles qui sont occasionnées par les marches que l'ennemi a dérobées, sont les plus desagréables pour le général, attendu que ce n'est qu'à son peu d'attention qu'on peut les attribuer ; c'est pourquoi M. le chevalier de Folard prétend qu'il en est plus mortifié que de la perte d'une bataille, parce que rien ne prête plus à la glose des malins et des railleurs.
" Dans les marches vives et forcées, il faut faire trouver avec ordre et diligence, dans les lieux où passent les troupes, des vivres et toutes les choses nécessaires pour leur soulagement. Avec ces précautions, le général qui prévait le dessein de son ennemi, est en état de le prévenir avec assez de forces dans les lieux qu'il veut occuper ; cette diligence l'étonne, et les obstacles à son entreprise augmentant à mesure que les troupes arrivent, il l'abandonne et se retire ". Même Traité que ci-dessus.
Nous renvoyons ceux qui voudront entrer dans tous les détails des marches, à l'Art de la guerre par M. le maréchal de Puysegur, et à nos Eléments de Tactique.
MARCHE, (Architecture) en latin gradus, degré sur lequel on pose le pied pour monter ou descendre, ce qui fait partie d'un escalier.
Les anciens donnaient à leurs marches, et comme on disait dans le dernier siècle, à leurs degrés, 10 pouces de hauteur de leur pied, qu'on appelle pied romain antique, ce qui revient environ à 9 pouces de notre pied de roi. Ils donnaient de giron à chaque marche les trois quarts de leur hauteur : c'est-à-dire un de nos pieds de roi, ce qui faisait des marches trop hautes, et pas assez larges.
Aujourd'hui on donne à chaque marche 6 ou 7 pouces de hauteur, et 13 ou 14 de girons. Dans les grands escaliers, cette proportion rend nos marches beaucoup plus commodes que celles des anciens. Leurs sieges des théâtres étaient en façon de marches, et chaque marche servant de siege avait deux fois la hauteur des degrés qui servaient à monter et à descendre. Voyez les Notes de Me. Perrault sur Vitruve, liv. III. et V.
On fait des marches de pierre, de bois, de marbre ; non-seulement on distingue les marches ou degrés par leur hauteur et leur giron ou largeur, mais encore par d'autres différences, que Daviler explique dans son Cours d'Architecture.
On appele, dit-il, marche carrée, ou droite, celle dont le giron est contenu entre deux lignes parallèles ; marche d'angle, celle qui est la plus longue d'un quartier tournant ; marches de demi-angle, les deux plus proches de la marche d'angle ; marches gironnées, celles des quartiers tournans des escaliers ronds ou ovales ; marches délardées, celles qui sont démaigries en chanfrain par dessous, et portent leur délardement pour former une coquille d'escalier : marches moulées, celles qui ont une moulure avec filets au bord du giron ; marches courbes, celles qui sont ceintrées en dedans ou en arrière ; marches rampantes, celles dont le giron fort large est en pente, et où peuvent monter les chevaux ; on appelle marches de gason, celles qui forment des perrons de gason dans les jardins, et dont chacune est ordinairement retenue par une pièce de bois qui en fait la hauteur. (D.J.)
MARCHES, les, (Rubanier) ce sont des morceaux de bois minces, étroits et longs, de 4 à 5 pieds ; au nombre de 24 ou 26 : cependant un maître dudit métier nommé Destappe, a imaginé d'en mettre jusqu'à 36, qui au moyen de leur extrême délicatesse n'occupent pas plus de place que 24, ce qui lui a parfaitement réussi. Ces marches sont percées et enfilées par un bout dans une broche ou boulon de fer, qui s'attache lui-même sous le pont du métier. Voyez PONT. Par l'autre bout elles portent les tirants des lames, et ces tirants servent à faire baisser les lames. Voyez LAMES. Lorsqu'il y a 24, 26 ou plus de marches à un métier, il faut qu'il y ait autant de lames et de hautes-lisses qu'il y a de marches, puisque chaque marche tire sa lame, qui à son tour tire sa haute-lisse. Voyez HAUTE-LISSE. On voit parfaitement tout ceci dans nos Pl. de Soirie et de Passementerie. Il faut, comme la figure le fait voir, que les marches soient d'inégale longueur, les plus longues au centre, comme devant tirer les lames les plus éloignées, cette longueur donnant la facilité d'attacher le tirant perpendiculairement à la lame que la marche doit faire agir ; on sent par ce qui vient d'être dit pourquoi les marches des extrémités doivent être plus courtes ; les marches ne doivent point être non plus suspendues à leurs tirants sur le même niveau, puisque l'on voit dans les figures que celles du centre pendent plus bas que les autres, et s'élèvent petit-à-petit à mesure qu'elles approchent de l'extrémité, en voici la raison : lorsque l'ouvrier marche les marches des extrémités, il a les jambes fort écartées, ce qui doit indubitablement leur faire perdre de leur longueur, au lieu qu'en marchant celles du centre il les a dans toute leur longueur et dans toute leur force ; il est donc nécessaire de donner ce plan aux marches, outre que l'ouvrier y trouve encore une facilité pour les marcher. Comme elles sont fort serrées les unes contre les autres, surtout quand elles y sont toutes, cette inclinaison lui est favorable pour trouver celles dont il a besoin.
MARCHES, (Bas au métier) est une partie de cette machine. Voyez l'article BAS AU METIER.
MARCHE, (Soierie) partie du bois de métier d'étoffe de soie. La marche est un liteau de 2 pouces 1/2 à 3 pouces de largeur, sur 1 pouce d'épaisseur, il est de 5 pieds 1/2 à 6 pieds de long, et percé à un bout ; ce trou est nécessaire pour y passer une broche de fer au travers pour les fixer et les rendre solides, lorsque l'ouvrier veut travailler.
Les marches servent à faire lever les lisses, tant de satin, gros-de-tours, que celles de poil.
MARCHE-BASSE, (Tapisserie) les ouvriers appellent quelquefois ainsi cette espèce de tapisserie, qu'on nomme plus ordinairement basse-lisse. Ils lui donnent ce nom, qui n'est d'usage que dans les manufactures, à cause de deux marches que l'ouvrier a sous ses pieds, pour hausser ou baisser les lisses. Voyez BASSE-LISSE.
MARCHES, (Tisserand) partie inférieure du métier des Tisserands, Tissutiers, Rubaniers, etc. ce sont de simples tringles de bois, attachées par un bout à la traverse inférieure du métier, que l'ouvrier a sous ses pieds, et suspendues par l'autre bout aux ficelles des lisses.
Les marches sont ainsi nommées parce que l'ouvrier met les pieds dessus pour travailler. Les marches font hausser ou baisser les fils de la chaîne, à travers lesquels les fils de la trame doivent passer. Ainsi lorsque l'ouvrier met les pieds sur une marche, tous les fils de la chaîne qui y répondent par le moyen des lisses se lèvent, et lorsqu'il ôte son pied ils retombent dans leur situation par le poids des plombs que les lisses ont à chaque extrémité.
MARCHE, terme de Tourneur, c'est la pièce de bois sur laquelle le tourneur pose son pied, pour donner à la pièce qu'il travaille un mouvement circulaire. Cette marche n'est dans les tours communs qu'une tringle de bois soulevée par l'extrémité la plus éloignée de l'ouvrier, par une corde attachée de l'autre bout à une perche qui pend du haut du plancher. Voyez TOUR.
MARCHE DU LOUP, (Vénerie) c'est ce qu'on appelle en vrais termes, piste ou voie, faux marché, la biche y est sujette dans le cours de douze à quinze pas.
MARCHE, terme de Blason. Le P. Menetrier dit qu'il est employé dans les anciens manuscrits pour la corne du pied des vaches.
MARCHE, (Géographie) ce mot, dans la basse latinité, est exprimé par marca, marchia, et signifie limites, frontières ; c'est pourquoi M. de Marca a intitulé ses savantes recherches sur les frontières de l'Espagne et de la France, marca hispanica. Le seigneur qui commandait aux frontières était nommé marcheus ; de ce mot s'est formé celui de marchis, que nous disons aujourd'hui marquis, et que les Allemands expriment par marggrave. Voyez MARGGRAVE.
Dans les auteurs de la basse latinité ; marchani et marchiani, sont les habitants de la frontière. On a aussi nommé marchiones, des soldats employés sur la frontière, et avec le temps ce mot a été affecté aux nobles, qui après avoir eu un gouvernement sur la frontière qui leur donnait ce titre, l'ont rendu héréditaire, et ont transmis à leurs enfants mâles ce gouvernement avec le titre. Enfin la qualification de marquis a été prise dans ces derniers temps en France par de simples gentilshommes, et même par des roturiers ennoblis, qui n'ont rien de commun avec le service, ni avec les frontières de l'état. Voyez MARQUIS. (D.J.)
MARCHE, la, (Géographie) Marchia gallica, province de France, avec le titre de comté. Elle est bornée au septentrion par le Berry, à l'orient par l'Auvergne, à l'occident par le Poitou et l'Angoumais ; et au midi par le Limousin, dont elle a autrefois fait partie, étant même encore à présent du diocèse de Limoges.
Son nom de Marche lui vient de ce qu'elle est située sur les confins ou marches du Poitou et du Berry. Elle a été réunie à la couronne par François I. l'an 1531.
La Marche a environ 22 lieues de longueur, sur 8 ou 10 de largeur. Elle donne du vin dans quelques endroits et du blé dans d'autres ; son commerce consiste principalement en bestiaux et en tapisseries que l'on fait à Aubusson, Felletin, et autres lieux.
Elle est arrosée par la Vienne, le Cher, la Creuse et la Cartempe.
On la divise en haute et basse, et on lui donne Guéret pour capitale. (D.J.)
MARCHE, (Géographie) petite ville, ou bourg de France, au duché de Bar, sur les confins de la Champagne, entre les sources de la Meuse et de la Saone, à 13 lieues de Toul. Long. 23. 26. lat. 48. 2. (D.J.)
MARCHE, (Géographie) petite ville des Pays-bas, au duché de Luxembourg, aux confins du Liégeais, entre Dinant et la Roche, dans le petit pays de Famène. M. Delîle ne devait pas dire comme le peuple, Marche ou Famine. Long. 23. 15. lat. 50. 13. (D.J.)
MARCHE TREVISANE, la, (Géographie) province d'Italie, dans l'état de la république de Venise, bornée E. par le Frioul ; S. par le golfe le Dogat et le Padouan, O. par le Vicentin, N. par le Feltrin et le Belunese. On appelle cette province Marche trévisane, parce que dans la division de ce pays-là, sous les Lombards, l'état de Venise était gouverné par un marquis dont la résidence ordinaire était à Trévise (Trevigio). La Marche avait alors une plus grande étendue qu'aujourd'hui. Sa principale rivière est la Piave ; mais elle est entrecoupée d'un grand nombre de ruisseaux : ses deux seules villes sont Trévise et Ceneda. (D.J.)
MARCHE, la, (Géographie) c'est ainsi que les François nomment une province maritime de l'Ecosse septentrionale, que les Anglais appellent Mers. Voyez MERS. (D.J.)
MARCHÉ D'APPIUS
- Détails
- Écrit par : Louis de Jaucourt (D.J.)
- Catégorie : Geographie ancienne
- Clics : 1380
