(Géographie ancienne) appelée par les Arabes Rihiba, ville d'Asie dans la Palestine, bâtie par les Jébuséens, à deux lieues du Jourdain, et à sept de Jérusalem ; c'est la première ville du pays de Chanaan, que Josué prit et saccagea ; on en rebâtit une nouvelle dans son voisinage. Vespasien la détruisit, Hadrien la répara. Cette ville fut encore relevée sous les empereurs chrétiens, et décorée d'un siège épiscopal ; mais finalement les guerres des Sarrasins dans la terre-sainte, ont détruit le siège et la ville ; on n'y voit plus que quelques huttes où demeurent des Arabes si gueux qu'à peine ont-ils de quoi couvrir leur nudité.
La rose de Jéricho louée dans l'Ecriture, est une plante qui nous est inconnue ; elle ne présente point celle à laquelle les modernes donnent vulgairement ce nom, et qui est une espèce de thlaspi de Sumatra et de Syrie.
Pompée campait à Jéricho dont il avait dejà fait abattre deux forts, quand il apprit l'agréable nouvelle de la mort de Mithridate ; et Josephe saisit cette occasion du campement de Pompée, pour observer que le territoire de cette ville était fameux par l'excellence de son baume. Pline rapporte d'après Théophraste, que cet arbrisseau balsamifère ne se trouvait que dans ce lieu-là, et qu'il n'y en avait que dans deux jardins, dont l'un était de 20 arpens (il fallait dire de dix arpens, car il a mal rendu le mot grec ), et l'autre de moins encore ; mais ce n'est ni Jéricho, ni Galaad, ni la Judée, ni l'Egypte qui sont le terroir naturel de cet arbrisseau, c'est l'Arabie heureuse. Apparemment que l'on cultivait cet arbre dans les jardins de Jéricho, et qu'il y prospérait. En tout cas les choses ont bien changé : il n'y a plus de jardins à Jéricho, ni de baume en Judée ; tout celui que nous avons en Europe vient de la Mecque et de l'Arabie heureuse, et pour dire quelque chose de plus, le mot hébreu zori, que nous avons rendu par baume, est un mot générique qui signifie seulement toute gomme résineuse ; ainsi le baume de Jéricho, de Galaad de Chanaan, n'était qu'une espèce de térébenthine dont on se servait pour les blessures et quelques autres maux.
Josephe prétend encore que les environs de Jéricho ressemblaient au paradis terrestre, tandis que selon Suidas ils étaient pleins de serpens et de viperes ; cependant Jéricho est très-fameuse dans l'Ecriture-sainte ; Moyse l'appelle la ville des palmiers. Notre Sauveur y fit quelques miracles, et ne dédaigna pas d'y loger chez Zachée dont la foi mérita de justes louanges ; c'est à Jéricho qu'Hérode le Grand, ou l'Iduméen, avait fait bâtir un superbe palais dans lequel il finit ses jours l'an de Rome 750, après 37 ans d'un règne célèbre par d'illustres et d'horribles actions.
Ce prince eut l'habileté de se procurer consécutivement la faveur de Sextus César, de Cassius, d'Antoine et d'Octave, qui lui firent décerner la couronne de Judée par le Sénat Romain ; il en reçut l'investiture en marchant au capitole entre les deux triumvirs ; il prit Jérusalem, se soutint auprès d'Antoine malgré Cléopatre, vainquit Antigone, Malchus, les Arabes, augmenta sans-cesse sa puissance par les bontés d'Octave, et introduisit dans son royaume des coutumes étrangères ; il réédifia Samarie, construisit par-tout des forteresses, procura de ses propres fonds de grands secours aux Juifs pendant la famine et la peste qui les desolait, fonda plusieurs villes, et dissipa les brigands de la Tragonite ; enfin il fut nommé Procurateur de Syrie, éleva un superbe temple en l'honneur d'Auguste, rebâtit celui de Jérusalem, rétablit les jeux olympiques dans leur ancienne splendeur, et obtint d'Agrippa toutes sortes de grâces en faveur de ses sujets.
Tel a été la vie d'Hérode, d'ailleurs le plus malheureux des hommes dans son domestique ; on sait quels troubles sa sœur Salomé excita dans sa famille, et quelles en furent les tristes suites. Il fit mourir le vieillard Hircan dans sa 80e année, le grand-prêtre Aristobule son beau-frère, Joseph son propre oncle, Alexandra mère de Mariamne son épouse, cette belle et vertueuse Mariamne elle-même, dont la fin l'accabla de regrets, et le déchira de remords pendant le reste de sa vie ; alors on ne vit plus en lui qu'un furieux qui sacrifia trois fils à sa colere, Alexandre, Aristobule, et finalement Antipater ; ce cruel prince périt cinq jours après l'exécution de ce dernier, dans les plus cruels tourments, dont Josephe vous donnera les détails. Il avait eu neuf femmes. Trais autres fils qui lui restaient encore, Archélaus, Hérode et Philippe partagèrent ses états. (D.J.)
