(Géographie ancienne) à ce grand pays de l'Europe, situé entre les Alpes et la mer Méditerranée, où il s'étend en forme de presqu'ile, Pline donnait en longueur mille et vingt de ces milles romains qui étaient en usage de son temps, et sept cent quarante-cinq milles dans sa plus grande largeur.
Tandis que quelques-uns dérivent le nom d'Italie d'un certain Italus, personnage fabuleux, le docte Bochart en Ve chercher l'origine dans la langue phénicienne ; chacun a sa folie où toujours il revient.
Servius, dans ses commentaires sur Virgile, nous indique les divers noms donnés jadis à cette contrée : elle a été appelée Saturnie, Latium, Ausonie, Tyrrhénie, Oenotrie, Hespérie, etc. On peut voir dans le premier liv. des Antiq. de Denys d'Halycarnasse, ce qui a produit la créance du peuple, qui établissait le règne de Saturne en Italie. On dérive le nom de Latium, que porta la contrée qui servit d'asîle à ce prince, du verbe lateo, se cacher. Les noms d'Ausonie, de Tyrrhénie, et d'Oenotrie, ne signifient originairement que des cantons particuliers du pays ; le nom d'Hespérie lui fut imposé par les Grecs, à cause de sa situation occidentale à leur égard, et c'est ainsi qu'ils appelaient l'étoîle du soir : les Latins donnèrent le nom d'Hespérie à l'Espagne, pour la même raison.
Mais les Grecs firent tant de descentes et d'établissements en Italie, que la partie méridionale en prit le nom de Grande-Grece. Ici Pline s'est laissé aller à je ne sais quelle vanité nationale en croyant prouver par ce nom seul, l'avantage de l'Italie sur la Grèce, puisque, dit-il, une portion de l'Italie avait paru assez considérable, pour être appelée la Grande-Grece, au préjudice de la Grèce-propre. Mais outre que la raison du naturaliste de Rome n'est guère philosophique, c'est lui-même qui se trompe ; car la Grèce italique ou la grande-Grece, était réellement plus étendue que la Grèce proprement dite. Voyez GRECE GRANDE.
Cette belle presqu'île n'a pas toujours eu les mêmes bornes, et vraisemblablement elle ne renfermait d'abord qu'un canton peu considérable, situé dans le centre du pays. Outre que la grande-Grece en faisait une partie, on appelait Gaule cisalpine, tout ce qui est entre les Alpes, l'Arne, et l'Iési, ou l'Aelis des anciens ; mais après que les Romains eurent subjugué cette Gaule ; ils reculèrent les frontières de l'Italie jusqu'aux Alpes.
Il s'ensuit que ce pays devait changer souvent de divisions, et c'est aussi ce qu'on vit arriver. Je ne me propose point de rapporter ces divisions, c'est assez pour moi de jeter un coup d'oeil sur les plus anciennes nations qui peuplèrent l'Italie.
Il y en avait de deux sortes : les unes se disaient indigènes, c'est-à-dire les naturels du pays, ceux dont on ignore le premier établissement ; les autres étaient des étrangers, qui attirés par la bonté du terroir, de l'air, et des eaux, vinrent s'établir dans ce canton de la terre. Les Ombriens, Umbri, passaient pour les plus anciens de tous les Indigènes ; les Sicules étaient aussi du nombre de ces anciennes nations. Les Oenotriens qui se qualifiaient Aborigènes, les chassèrent du Latium ; et ensuite les Ausones, Ausonii, ou les Sabins, les ayant acculés au-bas de l'Italie, les forcèrent de passer dans l'ile, à laquelle ils donnèrent leur nom, qui est bien reconnaissable, en celui de Sicîle qu'elle porte encore. Les Euganéens étaient encore de vieux habitants de l'Italie ; mais leur pays fut envahi en partie par les Vénetes, en partie par les Carnes. Les autres étaient appelés Opiciens, Opici, Osques Osci, Sabins, Sabini, etc. et ce furent leurs descendants qui occupèrent presque tout le midi de l'Italie.
Les étrangers étaient ou Asiatiques, ou Arcadiens, ou Celtes ; les Etrusques étaient venus d'Asie, et plus particulièrement de la Lydie. De Grèce et d'Arcadie sortirent les Pélasges, les Oenotriens, les Japyges, ou Pencétiens, ou Apuliens ; les Rhetes étaient un détachement des Etrusques, qui chassés de leur territoire, se retirèrent dans les Alpes ; les Oenotriens qui se nommèrent ensuite Aborigènes, eurent pour descendants les Latins, dont les Rutules faisaient partie ; les Volsques sortaient peut-être aussi des Oenotriens, ou pour mieux dire, on ne sait d'où ils étaient sortis. Les Vénetes venaient des Gaules, et non de la Troade et de la Paphlagonie ; Cellarius, et autres savants, ont fait des tables très-utiles, pour montrer d'un coup d'oeil, les peuples qu'on vient de nommer, leur origine, leurs rapports, et leurs descendants.
Il y a plusieurs divisions de l'Italie, nécessaires pour l'intelligence de l'histoire ; telle est celle d'Auguste en onze provinces que Pline a suivie, et que le père Briet a détaillée. Strabon qui vit presque tout le règne de Tibere, ne fait que huit parts de l'Italie ; savoir la Vénétie, la Toscane, la Ligurie, Rome ou le Latium, le Picénum, la Campanie, la Pouille, et la Lucanie ; il semble qu'il en retranche une grande partie de la Gaule cisalpine ; les Samnites sont apparemment compris sous les Picentins.
L'empereur Trajan partagea l'Italie en dix-sept provinces, et Constantin suivant à-peu-près le même modèle, la divisa en trois diocèses, et la soumit à deux vicaires, dont l'un avait la qualité de vicaire d'Italie, et l'autre de vicaire de Rome.
Après la chute de l'empire d'Occident, celui d'Orient trop faible pour résister à des ennemis qui l'accablaient de toutes parts, perdit ce qu'il avait encore conservé de l'Italie, où il se forma quantité de républiques et de souverainetés particulières, qui ont éprouvé cent révolutions depuis ces temps reculés jusqu'à nos jours.
Léandre Alberti, religieux dominicain, a publié une ample et riche description de toute l'Italie ; mais elle peche par la bonne critique. Il ne faut pas non plus prendre à la rigueur ses explications, ni les rapports que le père Briet met entre les anciens et les nouveaux noms que portent les provinces d'Italie dans les historiens. On se tromperait fort, si l'on croyait que le Picenum, par exemple, était renfermé dans les mêmes bornes que la marche d'Ancone d'aujourd'hui, ou si l'on pensait que la grande-Grece ne répondait qu'à la haute Calabre ; il faut nécessairement joindre à la lecture de ces sortes d'ouvrages d'érudition géographique, de bonnes cartes de l'ancienne et de la nouvelle Italie ; celles par exemple de M. Delisle. (D.J.)
ITALIE, s. f. (Géographie moderne) Je suis bien dispensé de donner l'énumération des états de cette grande presqu'île ; parce que les enfants même en sont instruits.
Les anciens comparaient l'Italie à une feuille de lierre, plus longue que large ; les modernes entrainés par le mauvais exemple de leurs prédécesseurs, ont plus ridiculement encore comparé ce pays, les uns à une jambe d'homme, et les autres à une botte : mais en se prêtant pour un moment à ces sortes de similitudes défectueuses, on remarquera que la plupart des cartes géographiques coupent trop le jarret de cette botte, ou bien ne la font ni assez droite, ni assez unie.
MM. Sanson ont pris la peine de publier une table exacte de toute l'Italie, telle qu'elle était avant l'arrangement de la succession d'Espagne ; et cette table est assez précieuse, en ce qu'elle peut servir à entendre les Historiens du dernier siècle : mais comme les guerres et les traités entre les puissances ont causé depuis ce temps-là des changements considérables dans cette contrée, il faut connaître ces changements, pour corriger la table de MM. Sanson par des astérisques avec des notes, qui marquent les variations survenues dans ce pays intéressant.
Nous devons le chérir pour avoir été le berceau des Arts et des Sciences, après tant de siècles de barbarie, et pour avoir eu la gloire, comme autrefois l'ancienne Grèce, de les avoir cultivés sans altération pendant le seizième siècle, tandis que les armées de Charles-quint saccageaient Rome, que Barberousse ravageait ses côtes, et que les dissentions des princes et des républiques troublaient l'intérieur. Cependant, malgré tous ces obstacles, l'Italie seule dans un court espace d'années, porta les beaux Arts à leur perfection, et fit rapidement dans les Lettres des progrès si prodigieux et si étendus, que nous ne nous lassons point de les admirer encore aujourd'hui.
Le siècle de Léon X. sera donc à jamais célèbre, par les hommes immortels qu'il a produits en tout genre, ainsi que par la grande révolution, qui sous lui divisa l'Eglise, déchira le voile, et finit par renverser ce colosse vénérable, dont la tête était d'or, et dont les pieds étaient d'argile.
Mais dans le cours de cette révolution de l'esprit humain, qui fit éclore un nouveau système politique, l'on découvrit un nouveau monde, et le commerce s'établit entre le vieux monde et les Indes. Par ces grands événements l'opulence devenue plus générale excita l'industrie, adoucit les mœurs, répandit le goût du luxe, et porta la culture des Arts et des Lettres dans la plupart des Provinces de l'Europe. Alors les beaux jours de l'Italie s'éclipsèrent, et sa gloire s'évanouit pour la seconde fais. Son commerce a passé, la source de ses richesses a tari, et ses peuples sont présentement esclaves des autres nations.
Rome, il est vrai, demeure toujours la capitale du monde chrétien ; mais on a très-bien remarqué, que si la souveraineté que le Pape possede, est assez grande pour le rendre respectable, elle est trop petite pour le rendre redoutable. Les républiques de Florence, de Venise et de Gènes, ont perdu leur lustre et leur gloire ; les états des autres princes, qui composent cette belle presqu'île, sont soumis à l'Empereur, au roi de Sardaigne, et à l'infant don Carlos, qui ont tous des intérêts opposés. Ou bien, ce sont de petits états ouverts comme des caravanserais, forcés de loger les premiers qui y abordent : c'est pourquoi leur seule ressource, est de s'attacher aux grandes puissances, et leur faire part de leur frayeur, plutôt que de leur amitié. En un mot, pour achever de peindre l'Italie de nos jours, en empruntant le langage de la Poésie.
La nature en vain bienfaisante,
Veut enrichir ces lieux charmants,
Des prêtres la main désolante,
Etouffe ses plus beaux présents ;
Les monsignors, soi-disans grands,
Seuls dans leurs palais magnifiques,
Y sont d'illustres fainéans,
Sans argent, et sans domestiques.
Pour les petits, sans liberté,
Martyrs du joug qui les domine,
Ils ont fait vœu de pauvreté,
Priant Dieu par oisiveté,
Et toujours jeunant par famine.
Nous n'ajoutons pas les autres strophes de mylord Harvey, qui sont assez connues, parce que nous ne faisons pas la satyre des états : mais on doit nous permettre des tableaux vrais et spirituels, quand ils s'offrent d'eux-mêmes, et qu'ils peuvent délasser le lecteur de son attention à nos autres articles, souvent rebutants par leur longueur ou leur sécheresse. (D.J.)
